Dessins de plis

Vase pour le Tsunami

Ces dessins font partie d’une série. Ils sont en premier des dessins de plis, des origamis. Ils ouvrent dans la feuille différents espaces. Il n’y a pas qu’une surface, il y a des couches cachées, un palimpseste déguisé.

Et cela me rappelle que la mémoire est sélective et dynamique, qu’elle est faite de recoins et de mise en lumière, d’oublis et de nouveautés.

À l’intérieur de la feuille de dessin pliée, du papier carbone,  élément clé de cette technique d’impression dont les photocopieuses ne légitiment plus la fabrication.

Au dessus ; les photographies de journaux, ces faits de l’actualité dont les images envahissent notre monde visuel, nous rappelant sans cesse notre connexion permanente et totale au « reste » de la surface du globe. Cela construit notre mémoire collective, même si de première page d’un journal, elles finissent quelque part au fond de notre cerveau.

Par-dessus ces couches, la main dessine des hachures, elle grave. Elle écrit la mémoire.

Or ce geste d’écrire, du grec ancien graphein (écrire, graver), est répétitif et long. Il diminue mon attention à la richesse du monde extérieur et me conduit physiologiquement à mon fonctionnement par défaut du cerveau. Ce fonctionnement est une grande lame de fond, lente et régulière, permanente et qui se détache du brouhaha de l’attention. C’est à un de ces moments là que la mémoire se construit, lorsque ce qui a été vécu peut trouver un chemin et s’inscrire en nous préparant les réceptions futures.

Choisir de graver par la hachure les images de notre monde, c’est vouloir les inscrire dans ma mémoire et par là les transformer.

La mémoire s’attache aux lieux, même si ce ne sont pas les bons, elle fait correspondre des lieux à des évènements pour les garder en souvenir. Elle constitue un vaste paysage.

Les plis du papier disperse l’image, la fragmente, rendant certains détails plus visibles que d’autres, traçant une carte de mémoire.

Cette carte dépend à la fois de l’origami choisi et de l’événement concerné, deux indications données par le titre du dessin ; ainsi Vase pour le Tsunami est réalisé à partir d’images de la vague du Tsunami de Fukushima sur l’origami d’un vase, Grue pour Fukushima est fait à partir de photographies des destructions liées à la catastrophe de la centrale nucléaire sur un pliage de Grue, utilisée pour souhaiter le bonheur au Japon. Phénix pour Haiyan met en parallèle l’oiseau qui renaît de ses cendres et les vues sur les destructions après le passage du typhon, tandis que le Sanpang de l’Erika est l’origami d’une barque appelée Sanpang sur lequel j’ai dessiné les images de coulée du navire et des nappes de pétrole.

Les associations symboliques constituent une sorte de prière, une espérance, proposition pour répondre à l’empathie déclenchée par l’information, tout en disant un peu plus.

 

 

 

 

2012-2014, carbone sur papier de riz, dimensions variables.